La dépendance affective:
Aimer trop ou mal !

Il s’agit là d’évoquer une problématique criante qui concerne certaines personnes ayant un problème d’attachement. Ils peuvent alors réagir de deux façons : par la distance affective et le renoncement aux sentiments amoureux ou par ce que l’on peut appeler la dépendance affective, c’est-à-dire, le fait d’être dans l’excès du sentiment amoureux vis-à-vis d’une personne.

 

Nous allons vous expliquer cette dépendance affective par un exemple clinique.
Il s’agit d’un jeune homme de 30 ans. Il rencontre une femme de 45 ans avec qui ils ont une relation amoureuse qui dura cinq mois. La relation était essentiellement à distance avec neuf jours de vacances ensemble au mois d’août et 10 jours au mois de novembre.
Dès le début, la différence d’âge et leur situation de vie respective ne semblaient pas se correspondre, voir même incompatibles.

 

Nous pouvons alors se demander ce qui a précipité cette rupture à seulement quelques mois de leur première rencontre.

 

Le jeune homme a subi des violences physiques causées par son père étant jeune et il serait aussi épileptique depuis tout jeune. La jeune femme était mère célibataire de quatre enfants déjà et elle s’est précipitée dans cette relation comme si c’était ce qu’il lui fallait pour ne pas se culpabiliser. En effet, elle vivait seule avec ses enfants et elle avait besoin de quelqu’un qui aurait pu l’aider au quotidien. Puis elle aurait eu son dernier enfant avec une personne qui l’a abandonné dès l’annonce de sa grossesse. Elle en était attristée au point de faire de mauvais choix comme celui d’accélérer une relation d’amour à la vitesse grand V sans prendre le temps de connaître la personne.

 

C’est dans ce contexte que ces deux personnes ont décidé de s’unir, de faire un couple sans savoir s’ils étaient finalement faits pour être ensembles.

 

Ensuite, le jeune homme se montrait possessif, agressif à la moindre frustration, il avait peur, il voulait que la femme qu’il venait de rencontrer lui donne toute l’affection dont il avait besoin. Il vivait chez ses parents, avec le père qui serait, selon lui, un pervers narcissique, impeccable à l’extérieur et tyran à l’intérieur de la cellule familiale où il ne parlerait à personne et il ignorerait sa femme et ses deux fils. Selon ses dires, son père serait aussi son bourreau qui lui aurait violenté physiquement durant son jeune âge.


Sans s’en rendre compte, son cerveau avait enregistré ses traumatismes et utilisait le mécanisme de l’identification à l’agresseur. Il semblait être complètement dans le déni de ses sentiments négatifs : « je n’ai rien, je ne déprime pas, je ne suis pas agressif, je suis normal, tout va bien, c’est sûrement cette femme qui a un problème ». Il va jusqu’à prétendre que la femme qu’il a aimée serait juste un « sale montre ». La cause en était la rupture de celle-ci, ne pouvant plus supporter son comportement, étant tantôt agressif, tantôt passif et doux.

 

Elle n’arrivait plus à tolérer ce genre de personnalité qui semblait être perdue et qui avait besoin cruellement d’amour. Ainsi, elle s’est rendue compte qu’elle en était incapable de lui donner ce dont il avait besoin. Et elle aurait proposé la rupture. Le jeune homme n’en voulait pas, il a essayé de la convaincre du contraire, d’une relation qui serait belle avec des projets de vie sur le même territoire.

 

La jeune mère célibataire a développé des symptômes dépressifs et anxieux au côté de ce jeune homme. Elle était déjà seule, élevant quatre enfants à bas âge, elle était en proie au stress, à la peur, aux doutes et aux idées noires voir suicidaires. L’amour en excès de son ex-copain lui était insupportable.

 

Mais le jeune homme n’en fait qu’une lecture négative, ne voyant que le problème de l’autre côté. Lui, c’est un homme qui saurait aimer. Il serait prêt à tout pour la femme dont il est amoureux. Cette dernière devrait en être heureuse et ce n’est pas normal qu’elle ne le soit pas. Selon sa vision, c’est certainement la faute des femmes. Il va jusqu’à insulter les compatriotes de son ex-copine : « va t’occuper de tes nègres », étant lui-même descendant d’esclaves ou encore, « va t’occuper de tes amis qui souffrent » avec des menaces qu’il aurait conservées des discussions confidentielles de cette dame. Il explique qu’il était en colère et c’est ce qui aurait motivé son chantage affectif et ses menaces psychologiques.

 

Ici, nous avons une personne qui souffre de ce qu’on appelle le stress post-traumatique dû à ses violences physiques de son père, et revivre avec ses parents en l’occurrence son père lui fait raviver ses traumatismes qu’il refoule tant bien que mal ou qu’il utilise le mécanisme de défense du déni. Car il semble que la réalité est trop compliquée pour lui et c’est aussi très compliqué de demander de l’aide. Cette femme cherchait une vie paisible, mais malheureusement pour elle, cela ne sera pas aux côtés de ce jeune homme de 15 ans d’écart d’âge, qu’elle va trouver la stabilité affective. Il faut déjà que ce dernier règle ces problématiques psychiques.

 

Le désespoir ne doit pas nous faire prendre des décisions hâtives ou de faire des choix qui nous enfoncent plus que cela nous aide telle est la situation de cette mère célibataire.

Aujourd’hui, le jeune homme est toujours persuadé que la femme qu’il a aimée, elle s’est jouée de lui, qu’elle est comme toutes « les autres », qu’elle l’aurait abandonné ce « sale monstre d’ex-copine ». Il pense aussi que c’est une « perverse narcissique » puisqu’elle aurait osé lui dire des choses dévalorisantes à savoir : tu aimes mal, tu en fais trop, je ne suis pas amoureuse de toi, tu me rappelles la série « Love », ta façon d’aimer me donne envie de fuir, je stresse à chaque rencontre avec toi, je souhaite ne plus avoir de tes nouvelles, essaie d’aller consulter quelqu’un, tu en as besoin, tout le monde a un moment donné en a besoin même moi ».

 

Ici, cette dame tente de se sauver tant bien que mal, mais la psychologie de ce jeune homme est psychorigide, il surinterprète les dires des gens, il ne retient que les pensées négatives et jette tout ce qui serait positif à savoir : « tu es une belle personne avec beaucoup de belles qualités, si tu travailles tes problématiques, tu trouveras la paix intérieure, tu serais beaucoup moins en colère et agressif ». Il imagine également des scénarios catastrophiques : « tu penses que je suis un serial-killer, que je veux te tuer, etc. ».

 

D’autre part, discuter avec un tel personnage est certainement une perte de temps, il n’entend pas et ne comprend que ce qu’il veut. Cette dame n’a pas su se taire, il l’a même provoqué dans un but de le faire réagir pour qu’il puisse oser demander de l’aide aux professionnels de la santé psychique. Mais si une personne pense ne pas avoir de problème, et qu’il ne croit pas aux soins psychiques, hélas, personne ne peut lui venir en aide et il continuera à rester dans sa réalité. Ce sont les autres qui ont un problème: « moi, je vais bien, tout va bien, je ne souffre pas, je ne déprime pas et je ne suis pas en colère et mon comportement est normal ».

 

Par cet exemple, nous voyions les limites du travail des psys en général et des psychologues en particulier. Nous sommes impuissants face au mal-être psychique des individus tant qu’ils se n’estiment pas être malade psychiquement ou qu’ils n’admettent pas avoir subi un choc émotionnel, des traumatismes graves qui ont impacté leur vie psychique avec des dégâts émotionnels énormes qui nuisent fortement leur vie aussi bien personnelle que professionnelle. 

 

Puisque cela développe en eux, un gros problème d’estime de soi. Ici nous avons, chez ce jeune homme, un problème de complexe d’infériorité et un gros problème de confiance en soi avec une grosse anxiété des choses non familières. Il lui est difficile de vivre dans un endroit ou de faire de nouvelles expériences, car il entretient ces maux et son mal-être inconsciemment en restant fidèle à ses malheurs.

 

Autrement, ils ne répètent que ce qu’on lui a appris déjà : la violence verbale et psychologique, l’agressivité en mots principalement, cela peut être aussi sur des objets, car il aurait dû mal à gérer ses émotions. Et tant que le sujet cache sa vérité sur lui-même et ne demande pas de travail thérapeutique individuel, il vivra la vie qu’il aura choisi avec ses blessures, ses colères et ses troubles de comportements qu’il va normaliser et qu’il ne pourra que très difficilement les remettre en cause.

 

En conclusion, cette dame de 45 ans a eu raison de rompre même si elle doit en payer le prix psychique car ce genre de personne, on ne le quitte pas sans en payer le prix fort. Ils sont intolérants à la frustration, soit on accepte leur agressivité psychologique et verbale dans cette situation et on vit emprisonné et malheureux. Ou soit on les fuit, mais tant qu’ils n’auront pas trouvé d’autres proies, ils resteront à guetter pour continuer à vous faire mal même si pour lui, cela s’appelle de l’amour.

 

Peut-on finalement les guérir ? Personne ne soigne personne qui ne veut pas être soigné. Tout malade aussi bien physiquement que psychiquement doit prendre la mesure de sa douleur et en être acteur sans quoi, tout ce qu’on fera pour l’aider sera inutile. Il n’y aura aucun résultat.

 

Pour ce jeune homme, il ne se voit pas souffrir, il se dit amoureux. L’amour pour lui c’est faire du mal à l’autre, car c’est ce que son père lui a appris inconsciemment. Et pour chercher une dernière fois à plaire à son père, la solution inconsciente qu’il a trouvé, c’est de lui ressembler et agir comme lui. Mais là encore, ce n’est qu’une hypothèse de travail, c’est à lui d’aller chercher les vraies réponses de ses souffrances psychiques par le biais d’une thérapie psychanalytique ou autre.

 

Nous remarquons aussi la responsabilité des parents dans les souffrances de leurs enfants. Dans notre situation, nous avons un père maltraitant et une mère passive, qui restent avec un mari qui ne lui apporte pas le soutien nécessaire et qui serait aussi violent, les enfants apprennent des adultes. Et quand ces derniers n’ont pas la capacité de changer comme c’est le cas ici, ils reproduisent exactement les comportements des parents, ici il s’agit de la passivité et de l’agressivité. 

 

 

Il reste sur ce qu’il sait et il ne s’autorise pas à expérimenter d’autres comportements plus sains comme l’affirmation de soi, la confiance en soi, la communication non violente, il reste dans sa zone de confort. Pour lui, le malade, celui qui a des problèmes psychologiques, ce n’est pas lui, c’est l’autre.

 

En conclusion, nous remarquons les limites de l’être humain, les limites des psychologues aussi et des personnes qui vivent avec de gros traumatismes et ne font que les ignorer pour tenter de survivre à leur dure réalité. Et quand on appuie là où cela fait mal, on prend le risque d’exploser une bombe à retardement à tout moment. Il est clair que nous ne pouvons sauver personne qui ne veut être sauvé et surtout qui pense n’avoir aucun problème, que ces comportements semblent normaux. Ce sont finalement les psys qui sont « fous » qui voient leur mal-être si évident et non pris en charge partout où il semble être !

 

 

Prenons bien soin de nous et de nos blessures psychiques et devenons la personne qu’on aimerait être sans reproduire tout le mal qu’on nous a fait avec des parents maltraitants ou avec d’autres traumatismes.

 

Nous ne sommes pas ce qu’on aurait fait de nous !

Nous sommes celui ou celle qu’on décide d’être.

Angie Weps,
Chroniqueuse de santé mentale

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