Idrissa, un prodige des mots

Une brève présentation de toi (noms, âge, étude ou profession etc.)

– Idrissa OILI SOUFOU, 23 ans, étude en cours anthropologie (spécialisation ultérieure : étude en parenté)

Quel titre donnerais-tu à ta vie ?

Ordora, c’est le nom que je donnerai au livre de ma vie lorsqu’il sera parachevé ou lorsque je l’aurai trouvé. Un mot valise qui comprend plusieurs concepts que je définis vaguement pour l’instant par ordre et aura. De l’ordre que je dois réussir à mettre dans ma vie et l’aura c’est l’intuition grandissante pour exprimer un potentiel qui sommeil.

Quel est ton parcours brièvement ?

Il y a beaucoup de choses à dire dans mon parcours. Pour rester bref, j’ai commencé en retard ma scolarité à l’âge de 9 ans en CE1. J’excellé dans le primaire et le collège dans toutes les matières. Rarement 2e de la classe jusqu’à là. Au lycée, les choses se sont un peu compliquées. J’ai gardé ma première position toujours sûr de moi dans mes choix. A partir de la 1ere, j’ai beaucoup changé de lycée et des doutes commencèrent à s’installer. Un début de chute de confiance. Quatre lycées en deux années de cursus secondaire soulignent l’instabilité du moment. Peu après 2020 sans compter la crise du covid19, j’ai entamé une belle année dans le supérieur, en anthropologie à Toulouse. J’ai validé la première année sans grande lacunes. J’ai rencontré la plus belle personne qui soit. Difficile de décrire ce que je ressens quand je pense à elle. J’ai déjà aimé et pas qu’une fois mais elle n’a pas son pareil dans mon cœur. La deuxième année fut plus compliquée car je suis resté focus sur la santé se dégradant de ma mère. J’ai tenté de la faire héberger pour un traitement important sans succès car personne de la famille disposer à effectuer la chose. Début 2022, j’ai entamé une pause pour avoir le statut adéquat pour débloquer la situation. Chose faite, pas sans grande difficulté, mais l’essentiel, c’est que j’ai commencé à réussir. L’année prochaine, je reprends donc ma deuxième année et dans la foulée, j’espère pouvoir permettre à ma mère de se soigner.

Qu’est-ce qui t’aide à surmonter n’importe quelle épreuve de la vie ?

C’est de penser à celles qui font vibrer mon cœur. D’abord ma lumière, celle qui m’a donné l’incandescence qu’elle pouvait pour me préparer à éclairer ma vie, à être plus épanoui. Puis maintenant ma lune. Même sans rien faire elle a accentué mon désir de devenir quelqu’un capable de briser le silence, les cordes de nos ancêtres trop emmêlées. Je veux être avec elle, auprès d’elle je veux pouvoir commencer à les démêler

Penses-tu avoir un talent en particulier, si oui lequel ou lesquels ?

Je ne pense à avoir de talent, mais j’aime me croire maître de mots écrits. J’ai encore quelques lacunes. Cependant, j’espère m’améliorer au fil des âges.

Que veux-tu changer dans le monde pour qu’il soit meilleur ?

Pas grand-chose, je ne pense pas en être capable, mais à mon échelle, je veux aider à panser nos douleurs, ma douleur insulaire en constituant une mémoire.

Quelle jeune homme es-tu ? Et quel homme souhaites-tu devenir ?

Je suis un jeune plein d’ambitions, plein de doutes, plein d’espoirs, plein de regrets. C’est pour ça que je veux devenir cet homme, celui qui accepte qu’il n’est pas capable de tout faire, mais le peu qu’il peut. Il doit le faire bien. En somme, je veux être heureux quels que soient mes choix de vie.

Quel est ton rêve ?

 Devenir l’Aimé Césaire de Mayotte, l’héritier insulaire satisfait. Finir par trouver Ordora.

Qu’as-tu besoin pour réaliser tes projets de vie dans tous les domaines ?

Un entourage qui me comprend, qui prend en considération ma pensée différente. Du soutien moral et des personnes qui croient avec moi que c’est faisable mon utopie. Mais surtout, je ne peux rien faire tant que ma lumière vacille. Je n’ai pas peur qu’elle meure. J’ai peur de la voir souffrir jusqu’à sa dernière lueur.

Quelles sont les phrases que tu peux te dire chaque jour pour garder de l’espoir et te motiver à réaliser tous tes rêves ?

 – Souris car le sourire allège le poids des jours sombres.
– Aujourd’hui encore lève- toi car tu y es presque.
– Dans la vie on trébuche, on tombe et on se relève. (Réf. pensé dès l’âge de 5 ans)

Quel message souhaites-tu transmettre à ton île et /ou au monde ?

Garde la tête hors de l’eau, tu as encore des enfants qui se soucient de ton sort. Tu serais tentée de te laisser engloutir par la montée des eaux vue tout ce que tu subis, mais garde encore un tout petit peu d’espoir. Chaque lot de génération, son giron d’héritier et j’en fais partie

Et pour finir dans quel monde aimerais-tu vivre ?

Dans le même monde, mais avec un peu plus de tolérance et beaucoup de considération pour notre lieu de vie, la terre. Dans le plan personnel, je compte m’équiper du mieux que je peux de la nouvelle technologie. Chaque révolution de la technique nous a permis de nous donner un peu plus de temps pour méditer sur le monde. La technique, c’est un outil, on peut s’en servir pour mieux vivre ou sinon à se chercher querelle.

Que choisirais-tu de faire si tu avais des ressources illimitées ?

L’eau, c’est la ressource qui m’inquiète énormément pour Mayotte. Les sécheresses sont de plus en plus dures. Les rivières ne retiennent plus assez l’eau. Aux alentours de 2018, peu avant mon départ, j’ai marché vers les hauts de Kaweni, des ruisseaux qui jadis laissaient couler l’eau même en pleine période hors saison de pluie ne sont plus grand-chose même en pleine période. Si j’avais des ressources illimitées, je ferais en sorte de limiter l’impact humain sur les rivières en aménageant des coins spéciaux pour une activité ménagère pour laisser tranquillement l’eau suivre son cours. Le lit verdoyant des eaux à Mayotte me manque et c’est un problème pour les Hommes, mais aussi pour la nature.

Qui sont les deux personnes qui m’inspirent le plus ?

Ma lumière et ma lune. Ces termes, aussi génériques soient-ils, représentent à l’heure actuelle la réalité de ces deux personnes dans ma représentation spirituelle. Je commence par Echati HARITHI. Cette femme m’a mise au monde en mettant de côté ses projets personnels. J’aimerais m’en sentir coupable, mais dans l’environnement où elle évoluait c’était peine perdue. Je suis plutôt content qu’elle m’ait choisi pour lui succéder. Je pourrai très bien me dire qu’elle m’a raconté que des histoires pour me motiver et que rien n’est vrai. Cependant, une chose me fait croire en ses dires. Durant les années où je n’étais pas scolarisé, c’est elle qui me donnait son savoir. Rien que pour ça, cela me suffit à croire qu’elle avait du potentiel, mais qu’elle n’a jamais pu le mettre en action. Trop gentille, elle s’est laissé marcher dessus par les autres de la fratrie et son modèle d’inspiration l’ayant quitté trop jeune (13 ans). Je pense que ça n’a pas dû aider. Son père était probablement son modèle. Mon grand-père, je le regrette, car je suis persuadé que c’est de lui que je tiens mon tempérament et j’aurai pu le peaufiner. À présent, c’est à moi de jouer, je peux tracer ma route en apprenant empiriquement.

 

Le sens que je donne à inspirer, ce n’est peut-être pas celui que je suis en train d’exploiter. Je donne un sens plutôt motivant et ça me permet de définir ma lumière et ma lune. An-ichat personne que je ne connais pas entièrement pourtant, je mise en elle tout mon avenir. Je ne devrais pas être défaitiste, mais même dans le cas où elle fait sa vie loin de moi, elle restera ma lune de consolation et toute ma mémoire passera par elle ou sa descendance si je venais à disparaitre. Ce qui m’a encouragé à la prendre comme modèle s’est « la pomme pourrie ». Un jour, alors qu’on cherchait à comprendre ce qui gangrénait la situation à Mayotte. Il nous est venu à l’idée de considérer le problème comme une pomme pourrie dans un panier sain. De là, si tout se passe bien est censé naître une association qui aura comme membre un jeune au moins par village/commune. L’idée étant de briser la barrière entre village et les conflits inter-jeune entre village différent. J’aime beaucoup ma lune, car je lui trouve des airs de Rozette. C’est une battante, elle ne se laisse pas faire et très ambitieuse. Lorsque que je lui ai parlé de la psychologue Rozette Yssouf. Elle est tout de suite tombée amoureuse de son combat. Elle a dévoré ses bouquins comme jamais, je n’ai su le faire. An-ichat K., son nom de famille me fait peur et me fait vaciller, ne me considérant pas assez bien pour rentrer dans cette dernière. C’est aussi une impulsion forte, car je suis conscient que je dois me battre cinq fois plus pour l’atteindre. « A mon mariage, toi Rozette, tu serais une dame d’honneur. »

Quelle est la réalisation dont je suis le plus fier ?

Même si c’est passé sous silence dans les médias de l’île ce qui m’a beaucoup touché, je suis fier d’avoir écrit un poème qui parle de mon île et qui m’a permis de mettre mon pied pour la première fois à l’Elysée. Je suis si fier car ce geste symbolique, il m’aide à tenir face au difficulté. Un jour je rêve de devenir une fierté insulaire. Je n’ai pas envie d’être un homme de beau discours seulement. Je souhaite que mon pas ait un impact. Ça m’a un peu découragé de me battre pour Mayotte quand on a fait comme si je n’existais pas mais, ma lune a su donner une impulsion nouvelle à cette ambition.

À quoi ressemblera ma vie lorsque je vivrai mon grand rêve ?

Malgré que j’ai envie de posséder pas mal de choses technologiquement parlantes, une fois que l’eau de Mayotte coulera sans gêne, ma mémoire achevait, la démystification de l’histoire ancestrale entamée. J’aimerais pouvoir déambuler paisiblement dans les forêts mahoraises en homme croulant sous le poids des âges et avoir cette pensée : « c’est à vous tout ça maintenant mon fils/ma fille. À vous de faire mieux »

Portrait du mois 

 Idrissa OILI SOUFOU

Conclusion 

Idrissa, est un jeune de Mayotte très douée. C’est aussi une personnalité très touchante.
La rencontre avec Idrissa s’est faite à l’élysée. Il a fait parti des jeunes de l’outre-mer qui ont lu un poème devant le président de la République Macron. Il était aussi le seul à lire son texte par cœur, il a su émouvoir tout le public, et moi y compris. Depuis ce jour, j’ai voulu être un soutien pour ce jeune homme et l’aider à dévoiler l’étendue de ses talents.
Idrissa est aussi un jeune homme très réservé, il ne s’ouvre pas à n’importe qui. Il est aussi très réfléchi et très sensible à son environnement.
Il aime faire plaisir et faire du bien autour de lui.
Il me rappelle le Docteur Freud plus jeune, celui qu’on nomme le père de la psychanalyse s’enfermait souvent dans sa chambre et passer son temps à réfléchir. Il était persuadé qu’il a révolutionné le monde en inventant quelque chose qui n’existe pas encore. Pari réussi, il est le précurseur de la psychanalyse.
Idrissa, est bien un génie.
Il fait parti de ces Grands Hommes, qui créera tout ou tard un chef-d’œuvre pour son île mais aussi pour le monde entier.
Il a quelque chose d’exceptionnel, d’unique. Quelque chose qui fera de lui, un homme qui écrira l’histoire du monde. On ne sait pas quand, mais son ingéniosité tôt ou tard nous surprendra.
En entendant, ce garçon incroyable m’a surpris par ses capacités intellectuelles, mais aussi par sa capacité de résilience. Il a vécu des choses difficiles et il reste debout, et il se bat pour ne pas s’effondrer et surtout pour remercier sa mère, qui est sa muse, son inspiration pour devenir un homme certainement d’exception.
Ce jeune a tout pour réussir, il a les mots, il a les projets, l’ambition, la force de se battre pour franchir les nombreux obstacles, il est aussi romantique car quand il aime, il est capable du meilleur, sauf que l’amour est compliqué, c’est un sentiment fort qui a besoin de réciprocité : aimer et être aimé profondément et sincèrement pour que ça marche. Et qu’un couple se forme et décide de suivre la même route jusqu’à ce que mort les sépare (dans l’idéal).
Nous lui souhaitons tout l’amour du monde pour devenir l’homme qu’il doit être.
Continue de ne pas abandonner. N’oublie pas de t’aimer, car l’estime de soi est la base pour ne pas être déçu quand on s’investit humainement. Ce qui est important, c’est qu’on fasse les choses sans rien attendre en retour, même pas l’amour de l’être qu’on aime tant.
Continue ta route, ce qui t’est destiné, trouvera sûrement le chemin pour te retrouver.
Continue à avancer, continue ton chemin car tu es un être de lumière et tu as une grande mission à accomplir dans ce monde.
Surprends-nous et deviens la merveilleuse personne que tu es déjà.
Idrissa, tu es certainement un trésor humain.
Nous te souhaitons le meilleur pour ton avenir.

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