Association crée en 2014, nommée « Ado » « Tom » : prise en charge des enfants et adolescents de Guyane et Mayotte dans un premier temps, mais cela concerne tous les territoires de l’outre-mer.
Elle était présidée par l’éminent pédopsychiatre Marcel Rufo qui avait le désir de s’occuper de la jeunesse ultramarine dans tous ces éclats.
Aujourd’hui, cette association est dirigée par un autre pédopsychiatre, le Dr Éric Cao, qui a beaucoup travaillé dans certains territoires de l’outre-mer, à l’étranger, à Marseille et en Bretagne. C’est aussi un spécialiste des populations migrantes et un connaisseur bien averti des populations de l’archipel des Comores.
Il est aussi un amoureux de Mayotte et s’intéresse à sa jeunesse. Cette curiosité s’est amplifiée depuis sa rencontre en 2017 avec la psychologue mahoraise Rozette Yssouf. Celle-ci concentre ses recherches sur la jeunesse mahoraise, entre passage à l’acte et sublimation de leur souffrance psychologique.
Ces deux là étaient faits pour se rencontrer, car ils partagent les mêmes valeurs professionnelles : venir en aide aux personnes en mal-être psychologique et en situation d’immigration ou en situation d’acculturation. Ils veulent poursuivre la suite du Dr Marcel Rufo et bien plus encore.
Ils veulent travailler avec tous les partenaires médico-sociaux, ainsi que le tissu associatif afin de mieux prendre en charge les enfants et les adolescents ultramarins.
Ils peuvent former également les professionnels sur des questions concrètes de santé mentale et des questions liées aux désordres psychiques des jeunes.
Dr Éric Cao est un homme discret et profondément humain qui s’adapte à l’environnement de vie et à la société dans laquelle il s’y intéresse.
Adomtom n’est pas la seule solution aux problématiques liées à la jeunesse ultramarine, mais elle est une des réponses qui pourraient aider à sensibiliser, à prévenir les problèmes de comportements ainsi que le passage à l’acte délictuel et suicidaire des enfants et surtout des jeunes Ultramarins.
Cette association offre une espace de réflexion, d’ouverture d’esprit pour comprendre et pour approfondir la compréhension du fonctionnement psychologique des enfants et adolescents qui oscillent entre deux ou plusieurs cultures, dans un processus d’acculturation ou en panne d’intégration, car en manque de repères et en crise d’identité.
Le Dr Cao et la psychologue Mme Yssouf ont aperçu chez certains professionnels médico-sociaux, des questionnements légitimes quant à la prise en charge des personnes venues d’ailleurs, parlant une autre langue, ayant une autre vision et une autre culture. En cela, il est très important de prendre en compte l’individu dans sa globalité et dans cette autre façon de penser et d’être au monde pour mieux l’aider dans sa souffrance intérieure.
Ainsi, le Dr Cao avait mis en place dans son lieu de travail un dispositif transculturel pouvant accueillir et prendre en charge la population migrante de toute origine.
Avec ces vingt ans d’expériences professionnelles dans ce domaine, il apporte un éclairage et une écoute qui a apporté certainement, un cadre contenant et rassurant aux personnes qui sont venues à cette consultation spécialisée, unique et qui n’avait pas eu pour vocation de perdurer dans le temps. C’était un dispositif qui se voulait complémentaire à la prise en charge classique. Il a permis d’accueillir la souffrance d’une personne de manière holistique en entendant sa parole, la parole de ses traditions, de ses coutumes, la parole de ses ancêtres, et en leur permettant d’être acteur de leur propre souffrance et d’avoir les clés, conscients ou inconscients de dépasser leur mal-être intérieur aussi bien individuel que collectif.
L’objectif étant de prendre en compte les spécificités culturelles.
La culture étant définie comme suit : Ensemble de mécanismes de défense « mis à disposition “d’un groupe pour lutter contre l’angoisse, de néantisation, un système d’interprétation du monde, un système de représentations partagées, et des acteurs sociaux repérés.
Ceci inclut : « la langue, le système de parenté (filiation, règles d’alliance, transmission…), l’organisation de la famille, les représentations ontologiques, les représentations étiologiques, les thérapies traditionnelles, la religion… »
Les représentations culturelles parfois devenues un peu ‘lointaines’ sont alors convoquées et participent au travail d’élaboration (notion de leviers thérapeutiques), nous confie le Dr Éric Cao, un expert des cultures des autres.
Un accueil groupal (un noyau permanent de deux ou trois co-thérapeutes dont un thérapeute principal) avec la présence d’un interprète parlant la langue de la famille reçue.
Les professionnels de la santé mentale qui animent ce dispositif sont sensibilisés à l’approche ethnopsychiatrique et transculturelle.
Ce groupe, grâce à sa diversité et sa pluridisciplinarité, constitue et renforce un cadre contenant et protecteur.
Il est à noter que les cultures traditionnelles donnent une grande importance à la communauté. L’individu n’existe pas en tant que tel. Il est un des éléments de la lignée à laquelle il appartient (les vivants, les morts, les ancêtres.). Dans ces cultures, le concept même de maladie mentale n’existe pas forcément ou n’a pas de sens. La souffrance psychique est organisée au sein d’autres règles telles que la transgression des tabous, la jalousie, l’envoûtement, etc.
Ainsi, ce dispositif a pleinement son sens au vu de la situation actuelle et permettrait de soulager les professionnels parfois impuissants dans les prises en charge avec ces populations. Et cela permettrait aussi aux professionnels d’être éclairés sur ces éléments culturels afin de mieux prendre en charge ce public.
Enfin, ADOMTOM est une association qui se veut être auprès des Ultramarins et sa jeunesse dans le but de les accompagner dans cette période de transition, de mutations importantes dans leur société et dans leur vie au quotidien.
Angie Weps
Chroniqueuse de la santé mentale