INTRODUCTION :Sauve-toi, la vie t’appelle !
La vie m’appelle. Je suis née et je dois vivre que je le veuille ou pas. Ce n’est plus un choix, c’est une obligation. Et si je refusais de vivre, qu’est-ce qui se passerait ?
Quels sont en réalité les avantages et les inconvénients de vivre ou de mourir ?
Avant de répondre à cette question, concentrons sur nous. Sur mon histoire de vie singulière.
J’ai eu une enfance qui n’a pas été si traumatisante qu’elle aurait pu l’être. Car j’étais séparée de ma mère et de mes frères et sœurs. C’était un choix culturel, où nos tantes étaient considérées comme des mères aussi, qu’on pouvait nous échanger entre nous sans que cela soit vécu comme un choc émotionnel ou un traumatisme pour les enfants. Les occidentaux auraient crié à l’abandon parental. Chez nous, cela signifie plus : « ce qui est à moi est à toi » principalement dans la famille, même les enfants semblaient être la propriété de tous.
Au pire, j’ai vécu cette expérience comme étant la possibilité de m’enrichir et d’avoir plusieurs mères.
Au mieux, cette situation m’a permise de voyager avec ma tante et vivre une vie de princesse avec tous les jouets et les poupées que je désirais.
Je n’ai pas été traumatisée plus que ça. J’ai vécu tout au contraire une expérience de vie inédite, j’avais deux familles, deux mères, deux pères et beaucoup de frères et sœurs. J’étais riche de famille, riche d’amour aussi. L’amour familial se voyait par toute l’attention à mon égard. J’étais bien avec les miens sans aucune raison. Cette grande famille aussi désordonnée soit-elle me plaisait et je me sentais à ma place partout où je me rendais. Je n’avais pas de gêne. Je me sentais aimée et choyée et je ne me posais pas la question de qui était ma véritable famille. L’importance était pour moi, d’en avoir une.
Cette période de ma vie était plutôt joyeuse, je ne m’en plaignais pas, j’en étais même ravie et très satisfaite de ma vie.
À cette époque encore, je ne ressentais pas de tristesse, ni aucun mauvais sentiment négatif.
J’étais heureuse tout simplement. Ma vie était parfaite. J’étais dans mon monde d’enfant où je ne voyais que les bons côtés des choses.
Je ne voyais pas les malheurs de ce bas-monde, ni la réalité humaine avec toutes ces souffrances. Je ne m’en préoccupais pas.
C’était facile de vivre en ce temps-là. Mon innocence m’a permise de rester joyeuse, de rêver et d’aller de l’avant quoi qu’il arrive.
J’avais un exemple aussi de femme forte devant moi : ma mère. Cette femme au cœur d’or qui a su relever tous les défis de la vie, envers et contre tous, pour vivre ou plutôt survivre dans ce monde. Elle m’a inspirée des sentiments de bravoure, de courage et surtout de résilience, cette capacité à surmonter n’importe quel obstacle malgré les dures épreuves.
Je lui dois ma survie, ma force et ma détermination, celle de ne jamais abandonner même si tous les jours, j’ai envie de tout lâcher. Quelques fois même, je m’effondre au point de haïr la vie et d’aimer plus la mort.
J’ai ressenti ces idées noires surtout pendant mon adolescence. Je suis redescendue de mon petit nuage où tout était beau, les gens semblaient merveilleux, l’amour était cultivé et choyé par tous. Il nous était incapable de se faire du mal. La méchanceté, la luxure, l’égoïsme, la jalousie, etc. n’existaient pas. Seules des valeurs humaines telles que la bonté, la générosité, l’entraide, la solidarité, etc. dominaient notre si belle terre.
Je me suis trompée, j’ai rencontré et j’ai vu le meilleur comme le pire de l’être humain.
De mes vingt ans à mes quarante ans, j’allais vivre les pires expériences de toute ma vie.
Aujourd’hui, j’ai cinquante ans, j’ai encore sûrement d’autres choses à apprendre. Je n’ai pas fini de grandir, d’être choquée, sidérée de ce que peut cacher ce que l’on nomme : « l’âme humaine ».
J’ai passé ma vie à me poser des questions, à vouloir analyser notre monde et à comprendre le fonctionnement psychique des personnes juste par l’observation et par l’écoute.
Je ne suis qu’une femme, simple, avec deux enfants, je ne vais sûrement pas révolutionner le monde comme le père Freud. Ce dernier a voulu marquer l’histoire du monde, en étant pionnier de quelque chose qui n’existait pas. Par l’introduction de la psychanalyse, il a presque réussi malgré ses nombreux détracteurs.
Je ne veux pas être révolutionnaire, ni être une femme influente, ni une inventrice. Je laisse cela à ceux qui désirent exister par le regard des autres et être reconnus par leur génie.
J’ai juste besoin d’écrire, d’aimer et de vivre. Ma passion, c’est l’écriture depuis mes dix ans. Mais j’en ai fait juste une passion, un loisir qui consistera à dire en mots tous les maux des personnes qui souffrent intérieurement et qui sont plutôt dans le désespoir. Ils n’attendent rien de leur vie même ce petit brin d’espoir qui nous booste quand tout autour s’effondre.
J’écris pour vous, je mets les mots à vos nombreux maux. Sur mon ordinateur, je pianote en écrivant ce que le cœur dit tout bas par le biais de l’écriture. Ce cœur souffre si intensément, mais il préfère se taire. Et se laisser envahir par ces difficultés psychiques qui peuvent nous ronger au point de devenir des « instables » de la vie par choix et non parce que les autres, en l’occurrence, la société nous enferme dans une image négative de nous-mêmes.
Je souhaite libérer la parole à ceux qui m’en ont donné l’autorisation. Que cet écrit soit le début d’une prise de conscience collective pour nous tous, les grands comme les petits, de ces souffrances réelles, mais bien invisibles.
Nous allons explorer le psychisme humain dans sa réalité la plus absolue dans cette île française, « un peu oubliée » de la République. Mayotte en sous-France ou en souffrance ou les deux.
Je vous invite à faire un voyage inédit, une aventure qui va vous marquer à vie.
Parce que du haut de mon petit âge et de ma petitesse, j’ai osé mettre des mots aux maux de certains de nos compatriotes.
N’ayons pas peur de divulguer l’inimaginable, l’incroyable, l’indicible, l’insupportable vérité, cette réalité amère qu’on souhaite oublier, effacer, refouler, tout ce qui serait possible pour ne plus y penser et se mentir à soi-même pour continuer à vivre.
Voilà que je me décide à ne plus vivre dans les mensonges des miens, même si je risque d’être rejetée, méprisée, battue, montrée du doigt. Je souhaite vivre et mourir en étant en paix avec moi-même. Car je ne me serais pas trahie. J’aurai respecté mes principes, mes valeurs, mes émotions et les sentiments négatifs de l’histoire de ma vie.
L’heure de vérité a enfin sonné. Je me dois d’être au rendez-vous, au premier rang, pour les souffrances psychologiques des mahoraises et des mahorais.
Pendant ce confinement et cette crise inédite, écrire m’a servi à dire en mots tous nos maux de la société mahoraise. Je me suis improvisée écrivaine que je ne suis pas encore, journaliste pour dénoncer les tabous, psychologue pour faire connaître les souffrances les plus intimes des individus.
Angie Weps
Chroniqueuse de la santé mentale