Les violences sexuelles : les cris de désespoir des femmes !

Nous assistons de plus en plus devant les tribunaux correctionnels et les cours d’Assises, un afflux considérable d’affaire d’agression sexuels et de viols sur mineurs. Il n’est pas rare qu’elles représentent plus de la moitié des crimes jugés lors des sessions d’Assises.


Nous allons évoquer la réalité des victimes d’agressions sexuelles à Mayotte et dans l’archipel des Comores. Ce que nous pouvons dire d’emblée, c’est que les Comores et Mayotte sont loin d’être épargnés de ce fléau des violences sexuelles sur les mineurs comme les femmes de tout âge.
Avant de parler du douloureux témoignage des victimes subissant ces violences sexuelles, nous allons parler des théories sur les agressions sexuelles sur les mineurs en l’occurrence.


Gérard Lopez nous indique que l’abus sexuel sur mineurs peut être défini comme « toutes participations d’un enfant ou d’un adolescent à des activités sexuelles qu’il n’est pas en mesure de comprendre, qui sont inappropriées à son âge et à son développement psychosexuel, qu’il subit sous la contrainte, par violence ou séduction ou qui transgresse les tabous sociaux ».


Cette définition permet de couvrir toutes les formes de violences sexuelles commises contre les mineurs. Elle introduit une dimension culturelle très importante lorsqu’il s’agit de définir une norme au-delà de laquelle un individu devient une victime.

 
L’abus sexuel peut donc être considéré comme la violation la plus totale des droits de l’enfant : droit à la parole, droit sur son propre corps, droit au statut d’enfant. En effet, il entrave les trois principes fondamentaux des droits de l’homme, si chers au français : Liberté, égalité, fraternité, car l’enfant se trouve alors dans une « relation d’emprise », égalité, car l’abus sexuel et avant tout un abus de pouvoir, fraternité, car l’enfant n’est plus respecté comme tout individu devrait l’être pour autrui.

On distingue le plus souvent :

*L’abus sexuel intrafamilial imposé à un enfant ou un adolescent par un parent, des beaux-parents, un membre du groupe familial élargi ou une figure parentale.
*L’abus sexuel extrafamilial imposé à un enfant ou un adolescent par une personne extérieure à la famille, connue ou inconnue de l’enfant.


Tout d’abord, je vais expliquer ce contexte particulier où se trouve la situation de Mayotte.
C’est comme dit le Dr Aireault, une « terre d’asile sans asile ».
Cette petite île de l’archipel des Comores a choisi en 1974 par référendum de rester française, séparé de ces trois îles sœurs qui sont plongés jusqu’à maintenant à une très grande instabilité socio-économique et politique et voit Mayotte comme une sorte d’eldorado ou l’on peut avoir en un jour ce que l’on gagne là-bas en un mois et/ou de surcroît, la médecine était gratuite, sans distinction de nationalité.


Contrairement aux autres colonies françaises, Mayotte a été un peu délaissée jusqu’à l’indépendance. Elle n’a pas bénéficié de la colonisation de ses « bienfaits » (comme la Réunion) selon les critères occidentaux : seule « Petite Terre » a des airs de passé colonial. L’autre île, « Grande Terre », c’était, il y a encore quelques années, la brousse avec une simple piste de latérite impraticable pendant les saisons des pluies. C’est peut-être pour cela que la tradition n’a pas bougé et que l’Islam doublé d’animisme prédomine dans une société principalement rurale.
La culture mahoraise, bien que fortement métissée et proche d’une culture de frange, conserve cependant un enracinement à dominante bantoue et swahilie. L’univers mental qui s’y est développé modèle les représentations selon un schéma de classification dichotomique. Par exemple : le m’jini (la cité), c’est-à-dire la vie des communautés humaines, s’oppose au liju, c’est-à-dire à la brousse et à la forêt, comme similairement la culture s’oppose à la nature.


La division des sexes s’ordonne, elle aussi, selon un système d’opposition discriminant ce qui est externe de ce qui est de l’ordre interne. Pour les êtres humains, cette distinction reprend directement de la symbolique des organes sexuels eux-mêmes par les catégories du visible et du caché. L’homme relève donc du domaine public. Sa fonction est de représentation. La rue, la place publique est son domaine. La femme relève du domaine intime, caché et familial. La maison est son symbole et son domaine. Ce système d’opposition (ou de complémentarité) s’inscrit fermement dans l’organisation territoriale.

Chaque structure s’ouvre vers l’extérieur selon des modalités, un degré d’accessibilité, exprimant directement la distance sociale ou les interdits qui régissent la société mahoraise (Cheyssial et Chatain 1978).


Le sexe féminin représente le pôle de stabilité, la permanence temporelle et territoriale des lignages de ce fait de type matrilinéaire. La jeune fille ne quitte la shandza maternelle que pour gagner son propre schanda de femme mariée, propriétaire de sa maison ayant pour hôte un mari.
Le sexe masculin, lui, s’inscrit dans une dynamique, conforme d’ailleurs au symbolique initial. Il doit aller de maison en maison et si l’on reprend la symbolique swahilie, de ventre à ventre, comme l’évoque l’expression « n’guiyapano » au sujet du nouveau marié pénétrant dans la maison nuptiale, comme son sexe pénétrera son épouse vierge. Son parcours a débuté par le shandza familial et la chambre de sa mère pour aboutir à la maison de son épouse et la pièce qui est statutairement réservée.


La promiscuité de la chambre maternelle où vivent également les sœurs nubiles soulève inéluctablement le risque de l’inceste. Faute de pièces supplémentaires en principe exclues de la logique symbolique binaire de la culture mahoraise, la présence du garçon pubère dans l’enceinte de la maison devient indésirable.


Le banga constitue la réponse adéquate à ce problème. Par le banga, l’adolescent échappe à la suspicion de l’inceste et acquiert une autonomie valorisante, tout en restant sous contrôle, sans véritable couper le « cordon ombilical ». Il en résulte un certain nombre de contraintes.
Comme les différentes enquêtes le montrent, la majorité des bangas sont construits en dehors du shandza maternel, situé à une distance raisonnable de la famille, afin de permettre au jeune de facilement revenir prendre ses repas à la maison ou y faire sa toilette. Cette distance tend à croître avec l’âge de l’occupant et son désir de renforcement d’autonomie.


Le banga ne doit pas constituer un second foyer ni même les prémices d’un second foyer. L’institution du mariage, c’est-à-dire l’union de lignages ou de familles et pas seulement des sexes, est très codifiée. C’est elle, et elle seule, qui détermine la formation d’un nouveau foyer. De même que le destin des filles est de devenir des mères reconnues et si possible en passant par le grand mariage qui leur impose la virginité (formelle) prénuptiale. A contrario, ces dernières seront considérées comme un déshonneur de la famille et seront mal vues dans la société.
Par ailleurs, la présence permanente d’une femme dans les banguas et évidemment exclue. Comme les relations sexuelles sont quasi inévitables et quoique d’ailleurs implicitement encouragées, on affecte de les ignorer. On les tolère sous réserve de ne pas aboutir ni à une défloration avérée par une grossesse intempestive ni à une liaison permanente et affichée.
Mais aujourd’hui les banguas ont disparu, les jeunes comme les femmes s’émancipent, l’internet s’est aussi invité dans la société mahoraise transformant leur vie quotidienne, entre tradition et modernité, on tend plus vers une culture occidentale.

 
En effet, l’organisation traditionnelle de la société mahoraise résulte en très grande partie de la convergence originelle de plusieurs peuplements. Elle est aujourd’hui malgré son exiguïté, le seul pays où cohabitent, sans marginalisation de l’un ou de l’autre, les deux grands systèmes linguistiques bantous (avec le shimaore) et malayo-polynésiens (avec le shibushi). Sur ce substrat humain s’est plaqué un apport arabe, avec des traces d’islamisation désormais datées du IXᵉ siècle, et surtout arabe-persan avec un système politico- socio religieuse.
D’où l’Islam joue un rôle très important dans cette société et il y a certainement des tabous en ce qui concerne le domaine sexuel, on doit respecter les règles islamiques dans lequel elles postulent qu’il ne doive pas avoir des rapports sexuels avant le mariage.
Mais les jeunes qui sont divisés entre deux cultures diamétralement différentes, l’une occidentale avec la présence de la France et l’une mélangé à forte dominante islamique, se trouvent déstabiliser ne sachant où se placer. Pourtant, ils n’ont pas manqué d’imagination pour satisfaire leurs pulsions sans contrevenir aux conventions, depuis les kidy-kidy (chatouilles, masturbation réciproque) en passant par le guruwa (frottement du pénis entre les jambes de la fille) jusqu’au nyama nyama (chair contre chair) rendu désormais possible par l’usage du préservatif masculin et de la contraception. C.Chanudet, IFM de Dembéni, Mayotte

 
Les valeurs, les normes, les tabous et les principaux référents identitaires de la société mahoraise subissent, en réaction, une érosion progressive, en se conformant à de nouveaux modes de vie et de pensée par :

• L’autorité remise en cause et par le déclin des tabous ou des interdits,
• L’émancipation des jeunes et la libération sexuelle,
• La coupure entre les générations et l’éclatement du territoire familial,
• Le rétrécissement de la notion de famille et de la parenté (développement de l’individualisme et de la notion de propriété privée)
• L’instabilité des mariages et les divorces fréquents.

Le modernisme engendre inévitablement des situations nouvelles traduisant des difficultés réelles d’intégration dans la société d’aujourd’hui et touche les populations les plus déphasées et les plus fragiles :
• Les jeunes : certains sont sans qualifications voir illettrés ou n’ont pas été scolarisés ; d’autres commencent à tomber dans l’alcoolisme, la drogue ou la petite délinquance ;
• Les filles-mères dont le nombre est croissant à l’image de la multiplication des naissances hors mariages ;
• Les personnes âgées qui tendent à verser dans la mendicité et l’aide sociale ;
• Les immigrés venant des îles voisines à la recherche de meilleures conditions de vie.

 

La souffrance silencieuse des femmes victimes de violences conjugales.

Dans la société mahoraise, même les tabous universels tels que le viol ne se dévoilent pas par honte du regard de la société ou du déshonneur d’une famille. Alors les secrets de familles restent cachés aussi longtemps qu’il serait possible de le faire. Et celles qui osent en parler d’une manière ou d’une autre soit par l’écriture ou oralement, sont jugées voir rejetées par la société. D’où l’idée du douloureux témoignage des victimes de violences sexuelles.


Aujourd’hui, nous avons décidé d’en faire un article nécessaire au dévoilement de ce fléau dont on connait fort bien dans toutes les sociétés, mais qui dans la société mahoraise ou ces trois îles sœurs semble vouloir plus protéger les bourreaux que les victimes.
Cela étant donné le pouvoir donné aux hommes, une société patriarcale où même le viol conjugal serait banalisé.

 
Lors d’une journée internationale de violence faite aux femmes à Mayotte, dans un des ateliers où l’on posait la question : « de comment les jeunes et moins jeunes se représentaient les violences sexuelles que subissent les femmes, un collégien d’à peine 13 ans y répondit : « Si je me marie un jour, ma femme sera à moi et je lui ferai l’amour quand j’en aurai envie même si je lui force, c’est normal, c’est son devoir de femme et elle devra être prête à faire ce que je veux. Donc on ne peut pas violer sa femme, car, elle nous appartient, elle est à nous. »


Après cette intervention de ce jeune, beaucoup de femmes se sont énervées en témoignant de cette difficulté à n’être réduit qu’à des objets sexuels auprès de leurs hommes et que le viol au sein du couple n’était pas reconnu dans la société. C’était en 2012, il y a huit ans de cela et les choses depuis n’ont pas beaucoup évoluées.


Les femmes se battent encore et encore pour qu’on reconnaisse les maltraitances faites à leur encontre dans une société où la banalisation et le déni seraient les réponses données à ces femmes qui ont subi de gros traumatismes sexuels souvent non pris en charge psychologiquement.

Conclusion

Les violences faites aux femmes sont une priorité nationale et pourtant, c’est un combat quotidien pour toutes ces femmes et ces victimes qui souffrent en silence. Les femmes alertent de ces maltraitances de toutes ces formes, de ces violences sexuelles et pourtant aucune société aussi développée qu’elle soit n’arrive à les protéger. 

 

Ce fléau mondial, reste une maladie incurable sans véritablement de traitement durable. Alors que peut-on faire pour changer l’insupportable et l’intolérable vérité ? Que peut-on imaginer, créer pour protéger nos enfants, nos femmes dans ce monde contre toutes ces violences à leur encontre tant les cris, les dénonciations, les plans de lutte ne semblent pas suffire. 

 

Les femmes et toutes ces jeunes filles disent « Non-Stop aux violences physiques, sexuelles, psychologiques, économiques », nous disons « Non à toutes sortes de violences », c’est un combat de longue haleine, un combat de tous les jours qui n’en finit pas et qui concerne tout le monde. Hommage à vous et nous sommes à vos côtés en tout temps !

Angie Weps
Chroniqueuse de la santé mentale

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